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posté par leclichois le 10/09/2011 à 00:57

Aït Ibrahim et Aït Yaaza étaient les deux fractions de la tribu des Aït Hadiddou, en guerre l’une contre l’autre. Mais dit la légende, une jeune fille Aït Yaaza aimait un beau Aït Ibrahim. Roméo et Juliette au Haut-Atlas, ils connurent la même destinée tragique, de mourir sans pouvoir s’aimer ni se marier. Ils pleurèrent leur affliction, et toutes les larmes de leur corps, qui donnèrent naissance aux lacs jumeau Isli (le fiancé) et Tislit (la fiancée). Eux mêmes moururent noyés dans leurs propres larmes, sans jamais pouvoir se rapprocher. Leurs parents, repentis, décidèrent qu’une fois par an, jeunes gens et jeunes filles pourraient se choisir librement, et que ceux qui décidaient au moussem de se marier ne rencontreraient aucune opposition à leur union

On ne sait pas exactement quand cette légende est apparue. Les premières occupations d'Aït Hadiddou dans la vallée d'Imilchil datent du XVII° siècle, quand cette tribu était en lutte avec la puissant tribu des Aït Atta, qu'on trouve un peu plus bas, dans le djebel Sagho et la vallée du Draa. Après des combats acharnés, les Aït Hadiddou obtiennent le droit de s'installer dans la haute vallée de l'Assif Melloul, nomades berbères parlant le tamazight au milieu de populations sédentarisées et agricoles parlant le tachelhit. Ils construisent leur premir village, Agoudal, et signent des accords avec des tribus voisines, comme les Aït Moghad de Goulmima (qui ont aussi des accords similaires avec les gens de Tazzarine, échangeant des droits de passage et de pâturage réciproques sur leurs terres, pour la transhumance.

Le moussem se tenait après les récoltes, et était l'occasion de rencontres, de fiançailles. Le plus souvent les mariages collectifs étaient célébrés encore plus tard, dans les villages de fond de vallée, vers la fin du mois d'octobre, mais on peut imaginer que lorsqu'un accord se concluait pendant le moussem, les deux familles faisaient une petite fête.

A l'époque du protectorat, l'administration française envoie un officier au moussem, pour enregistrer les actes d'état-cvils, que la plupart des nomades ne peuvent obtenir qu'une fois par an, lors de leur passage dans la ville. Le mariage, qui est encore célébré dans les villages, est enregistré à l'avance, pour l'administration française.

Avec la colonisation, puis l'indépendance, les modes de vie évoluent, et peu à peu, les mariages collectifs se font plus rares, et moins tardif. Le moussem est découvert par les premiers touristes à la fin des années 60. Il va peu à peu évoluer vers la célébration que nous connaissons aujourd'hui.