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posté par leclichois le 19/12/2010 à 23:22

Les jeunes Français d'origine marocaine ou algérienne se marient de plus en plus selon la tradition : cinq ou sept robes pour la mariée, de nombreux invités... Fastes et retour aux sources... Que la fête commence !

Un samedi d'été dans la salle de réception Le Sultan, à Mantes-la-Jolie, en banlieue parisienne. La musique - orientale - bat son plein. Portée sur un baldaquin décoré de pierreries, la mariée fait son entrée, vêtue d'une robe de mariage marocaine blanche entièrement brodée de perles et de fils d'or, un diadème de brillants sur la tête, parure assortie au cou, aux oreilles et aux poignets, les mains tatouées de fines arabesques au henné, le visage richement maquillé. Une véritable princesse des Mille et une nuits. Ce soir Nawel, de parents marocains, épouse Mourad, de parents algériens. Tous deux sont nés en banlieue parisienne et, comme de nombreux Français de parents immigrés aujourd'hui, ils ont choisi de célébrer leurs noces selon la tradition maghrébine. Pendant la soirée, Nawel va ainsi défiler portant cinq tenues différentes : après la robe blanche de l'ouverture (la takchita), elle portera successivement: un caftan doré brodé (le mejdoub), la robe de Fès (fassiya), la robe berbère, puis enfin la robe blanche de mariée européenne. Les quatre hommes qui la portent à chaque entrée en baldaquin et lui font faire le tour de la salle, tous parents du marié, sont vêtus de djellabas de soie brodées, la tête coiffée d'une chéchia rouge. Les serveurs sont vêtus à la mode ottomane, pantalons courts dévoilant le mollet, et courts gilets brodés. Parmi les quelque 300 invités, les femmes portent robes berbères, caftans marocains ou voiles islamiques. Les hommes sont groupés à part au fond de la salle, comme le veut la tradition. Les mariés passeront une bonne partie de la soirée dans leurs deux magnifiques fauteuils dorés, sur une estrade décorée et fleurie, face à leurs parents et amis.

Mariages « clés en main »

« En 1985, quand je me suis mariée, j'ai voulu un mariage à la marocaine, je n'ai trouvé personne pour l'organiser », confie Leïla, la propriétaire des lieux, qui aujourd'hui, avec son mari, organise ici chaque samedi des mariages maghrébins. Née à Saint-Quentin, dans le Nord, de parents marocains, Leïla, après son mariage, décide qu'il y a un créneau à prendre, et devient neggafa c'est-à-dire celle qui, au Maroc, choisit et loue les robes et tous les accessoires aux mariés. Aujourd'hui, Leïla et son mari sont à la tête d'une vraie entreprise qui organise des mariages « clés en mains » et ils doivent faire face à la concurrence. Dans son magasin Espace Mariage Tarek, à Barbès, Aïda Hamama propose, elle, toutes les robes et accessoires pour mariages maghrébins traditionnels. C'est l'une des boutiques les plus courues de la région parisienne et elle a ouvert deux succursales à Marseille. « La demande a vraiment augmenté depuis le milieu des années 90 », estime Salima Messal, l'une des neggafa les plus demandées de Paris, qui part chaque année s'approvisionner en Algérie. « Quand j'ai démarré mon activité, en 1994, les neggafa étaient surtout marocaines. Je voyais des Algériennes porter des tenues marocaines pour leurs mariages, ça me rendait triste ». La tradition algérienne exige 7 robes pour le soir des noces : de quoi occuper Salima toute la soirée ! Comment expliquer ce retour à la tradition ? « En Algérie, cette tradition ne s'est jamais perdue. Mais ici, on sent que les jeunes générations font un retour aux sources », estime Salima. Pour Aïda Hamami, « aujourd'hui tous les jeunes nés ici veulent les traditions d'autrefois. Ils font des bêtises, font les 400 coups, mais le jour du mariage ils veulent les traditions : ça m'étonne ! ». L'explication est d'abord démographique : les enfants nés après la politique du regroupement familial, instaurée en 1974, ont atteint 20 ans au milieu des années 90.

Princesses d'un jour

« Les adolescentes et jeunes adultes ne veulent pas renoncer à ce qu'elles sont pour devenir françaises. Elles refusent l'idée que plus on est française, moins on peut continuer à être algérienne », estime la sociologue Nacira Guénif-Souilamas, auteur de l'ouvrage Des "beurettes" aux descendantes d'immigrants nord-africains (Grasset). Ce « retour aux sources », perceptible aussi dans le champ religieux, avec l'essor en France de magazines musulmans comme La Médina, ou de l'esthétique, avec le boom d'instituts de beauté orientale, s'exprime d'abord, dans un des actes sociaux les plus importants de la vie : le mariage. « Nos robes sont tellement jolies. C'est comme un conte de fées. On est comme des petites princesses le jour de notre mariage », confie, rêveuse, Anissa Souadji... Les fastes des Mille et une nuits, les filles et les fils dont les parents viennent des contrées arabo-orientales, veulent les vivre eux-mêmes, comme leurs ancêtres, au moins un jour dans leur vie. par Nadia Khouri Dagher