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posté par leclichois le 19/12/2010 à 21:17

Dans un chat sur LeMonde.fr, Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au "Monde", estiment que "la dénonciation de 'l'islamisation' des sociétés européennes est une sorte de martingale pour les extrêmes droites".

Raphaëlle : Marine Le Pen a-t-elle intérêt à laisser dire qu'elle pourrait être UMP-compatible, afin de donner une image plus ouverte de son parti, ou cela la dessert-elle ?

A. Mestre & C. Monnot : Elle n'a pas intérêt à laisser dire cela, parce que cela pourrait faire fuir une partie de l'électorat naturel du Front national. D'ailleurs, dans toutes ses positions publiques, elle réfute l'idée d'une alliance avec l'UMP, lui préférant des débauchages individuels d'élus et militants venant du parti majoritaire.

Karim : L'UMP est-elle sincère lorsqu'elle affirme ne pas vouloir faire alliance avec le FN ?

A l'heure actuelle, il n'y a pas d'éléments qui permettent de mettre en cause la sincérité de la direction de l'UMP sur ce sujet.

Deux élus seulement de ce parti se sont prononcés publiquement en faveur d'alliance avec le FN : Christian Vanneste, député du Nord, et Xavier Lemoine, maire de Montfermeil.

Tout le pari de Marine Le Pen, qui reprend en cela la stratégie de Bruno Mégret, est de construire une position de force telle que le FN pourrait faire imploser la droite. Imaginons que le scénario du 21 avril à l'envers se produise en 2012, c'est-à-dire que le candidat du parti majoritaire à l'élection présidentielle ne soit pas qualifié pour le second tour. Dans ce cas, les tiraillements seraient très forts à l'intérieur de l'UMP, et à n'en pas douter, une partie de ses élus de base pourraient soit rejoindre le FN, soit s'y allier.

Marion : Marine Le Pen représente-t-elle un vrai danger pour l'UMP ? Est-elle en mesure de lui prendre un nombre de voix conséquent ?

Oui. Surtout par ses prises de position récentes sur l'islam et la sécurité. Elle est perçue comme plus "fréquentable" que son père. Elle pourrait rallier plus facilement les déçus de droite du sarkozysme.

Grégory : Au-delà d'éventuels points de convergence dans le champ des idées, existe-t-il réellement des relations privilégiées entre des hommes politiques de la majorité et du FN ?

En réalité, assez peu. Les relations sont pratiquement inexistantes entre les politiques du FN et de la majorité lorsque ceux-ci ont une stature nationale. Localement, les choses sont plus complexes. Certains élus locaux du FN font état de contacts privilégiés avec d'autres "petits" élus de l'UMP (municipalités, conseils généraux).

Hebting : Si Marine Le Pen est fréquentable, n'est-ce pas parce que l'UMP est compatible avec certaines idées du FN ?

La campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 a été très axée sur les thèmes traditionnels du FN, notamment la sécurité et l'immigration, dans le but, affirmait-il alors, de ramener les électeurs du Front national dans le giron de la majorité.

Cette stratégie a du coup contribué à légitimer une partie des thématiques frontistes. Légitimation qui a ensuite connu un nouvel élan avec le débat sur l'identité nationale, puis le discours de Grenoble du président de la République fin juillet 2010, où il prônait la déchéance de la nationalité pour certains délinquants et criminels.

Alexandre : Après avoir tenu un discours tourné vers la nation, le FN dévie désormais sur la justice sociale, ainsi ne fait-il pas peur également à gauche ?

Le FN a effectivement l'ambition de s'adresser aux couches populaires, et notamment à l'électorat ouvrier touché par les délocalisations et la crise. Parmi eux, il y a certes encore des électeurs de gauche, mais surtout beaucoup d'abstentionnistes. Ce sont d'ailleurs ceux-ci qui ont apporté leurs suffrages aux candidats FN lors des régionales de 2010. Une grande partie de la hausse de participation entre les deux tours a bénéficié au FN.

Margaux : La gauche n'aurait-elle pas intérêt à préempter le discours sur la laïcité plutôt que de l'abandonner au FN ?

La gauche doit assurément parler de laïcité et ne pas abandonner ce terrain au Front national. Mais il faut savoir de quelle laïcité on parle. Ce terme est désormais mis en avant à l'extrême droite comme un paravent pour pouvoir justifier des positions violemment anti-islam.

On notera que la laïcité n'est invoquée dans cette partie du spectre politique qu'uniquement à l'encontre de la religion musulmane et qu'il est parfois savoureux de voir des représentants des familles catholiques traditionalistes se présenter en porte-drapeau de la laïcité.

peter : La notion de "cordon sanitaire" est-elle encore pertinente si le FN devient, à la manière italienne, un parti "gouvernementalisable" de la droite simplement "dure" ?

Il faut se placer sur le champ des valeurs. Tout dépend de l'évolution du Front national. En Italie, Gianfranco Fini a réellement changé et est passé du néofascisme à un centrisme de droite. Il défend des valeurs plus républicaines que la Ligue du Nord, ouvertement xénophobe. Une telle évolution n'est pas encore d'actualité au Front national. C'est à ce parti de bouger.

Grégoire : Les virages à droite de l'UMP ne risquent-ils pas de pousser l'électorat centriste à se détourner de la majorité ?

C'est une partie du problème stratégique qu'a l'UMP. En durcissant son discours, elle espère concurrencer le FN sur son terrain, mais prend le risque de voir fuir ses électeurs les plus modérés. Elle prend également le risque que le FN apparaisse plus convaincant qu'un parti au pouvoir depuis 2002.

Fanny : Selon vous, la stratégie de Jean-François Copé pour "contrer" le FN, consistant à relancer le débat sur les thèmes soulevés par l'extrême droite est-elle valable?

Comme nous l'avons dit précédemment, le débat sur l'identité nationale de 2009 a beaucoup fait pour remettre en selle le Front national. Il est donc périlleux de vouloir refaire la même chose un an après. A un an et demi de la présidentielle, on peut considérer qu'une focalisation sur ce thème servirait les intérêts du (ou de la) candidat(e) du parti d'extrême droite.

filloniste : La vraie question n'est-elle pas, la droite est-elle soluble dans le FN ? En clair : qui, des deux, récupèrera l'autre ?

Vous avez tout à fait raison. C'est l'enjeu du premier tour de 2012 à droite. Il faut toutefois que le FN devienne attractif pour les cadres de l'UMP, c'est-à-dire qu'il démontre qu'il est en capacité de gagner des circonscriptions législatives.

Et qu'il ait une image moins sulfureuse qu'aujourd'hui. C'est une des raisons de la stratégie dite de "dédiabolisation" de Marine Le Pen.

Rémi C. : N'est-ce pas surtout économiquement que l'UMP et le FN se retrouvent, tous les deux prônant une certaine forme de libéralisme économique ?

Le discours économique du FN n'est pas aujourd'hui fixé. Bruno Gollnisch reste sur des thématiques très libérales anti-impôts, réglementation, code du travail. Marine Le Pen prône désormais l'intervention de l'Etat dans l'économie, un Etat protecteur en matière sociale, et développe des thématiques protectionnistes. Récemment, son père l'a rejointe sur cette ligne économique, qui pourtant n'a jamais été la sienne.

En clair, personne ne sait quel sera le centre de gravité du programme économique du Front national pour 2012.

Kamel : Pourquoi Marine Le Pen ne parle-t-elle plus que d'islamisation lorsque son père parlait d'immigration ?

Le musulman a remplacé l'immigré dans le discours de Marine Le Pen. Pour deux raisons : d'une part, il s'agit, en mettant en avant la défense de la laïcité, de ne plus donner prise aux accusations de racisme. D'autre part, la dénonciation de "l'islamisation" des sociétés européennes est une sorte de martingale pour les extrêmes droites et droites populistes depuis le 11 Septembre. La Ligue du Nord, le Vlaams Belang, le parti de Geert Wilders, l'UDC en Suisse, ont tous enfourché ce cheval de bataille, qui s'avère relativement payant électoralement.

Jean-Marie : Quelle stratégie peut développer Bruno Gollnisch pour contrer Marine Le Pen dans la bataille pour la présidence du FN ?

La seule cartouche qui lui reste est de se présenter comme le non-diviseur et comme le candidat anti-système. Ce qu'il a commencé à faire depuis les dernières déclarations de Marine Le Pen. Toutefois, il n'est pas sûr que cela lui permette de rattraper son déficit médiatique et de lutter contre un appareil frontiste majoritairement acquis à la cause de Marine Le Pen. leonardo : Avez-vous le sentiment que l'élection de Marine Le Pen à la présidence du FN est déjà jouée ?

De l'extérieur, effectivement, tout semble déjà joué. Mais attention : ce sont les adhérents frontistes qui votent, et non les sympathisants du Front national ou ses électeurs. Chez les adhérents, Bruno Gollnisch demeure très populaire et très apprécié, et la surexposition médiatique de Marine Le Pen peut provoquer un réflexe "anti-système" d'une partie des militants du Front en faveur de Bruno Gollnisch.

Chat modéré par Olivier Biffaud